Fils légitime de Pardoux FOURIS et d'Antoinette BERNARD, Jean Camille Léger FOURIS est né le 22 novembre 1895 à Saint-Donat
(63), commune de naissance de sa mère.
Son père, demeurant au lieu-dit Perret, est maire de Singles de 1904 à 1909. Marié à Jeanne SAUVAT en 1914 puis veuf, Léger FOURIS se marie en secondes noces avec Anna
Antoinette RANVIER (dite Antonine) le
24 avril 1920 à Singles. Celle-ci, originaire du village de La
Guinguette, est née le 7 avril 1901 à Port-Dieu de Jean RANVIER et de Marie SAUVAT et exerce la profession de débitante. Deux filles sont issues du couple : Raymonde (née le 21 mars 1924 et mariée en 1945 à
André POCHEBONNE, de Messeix) et Renée (née le 29 janvier 1928).
Marchand
de vin à La Guinguette, Léger FOURIS est élu maire
de Singles en mai 1929 ; il est réélu en 1935 et maintenu
en fonction en 1940. Du 7 juillet 1929 jusqu’en 1943, son adjoint
est Jean-Pierre BATTUT. L’instituteur Raymond LELEU exerce la
fonction de secrétaire de mairie. Son épouse,
également institutrice, le remplace pendant sa mobilisation en
1940 puis sa captivité en Allemagne.
* * *
La commune de
Singles est située à l'écart des grands axes
routiers ; seules des routes sinueuses permettent d'accéder au
bourg. Le village possédait alors une gare ferroviaire à
Arpiat et dont la ligne (compagnie Paris-Orléans) reliait
Bort-les-Orgues à Monestier-Merlines jusqu'à la mise en
eau de la retenue du barrage de Bort et l'immersion de la voie le 1er
mars 1951.
Singles est dénommé Cengles (1075-1095), Cingulis (1096) puis Cingles (1789). L'église
romane Saint-Nazaire est citée dès 1075 comme
ayant été donnée au prieuré de Sauxillanges par Géraud DE LA TOUR
; elle a par la suite été remaniée au
XIIIème siècle et conserve une vierge du XIVème
siècle qui était déposée l'été dans une niche aménagée devant un autel en pierre d'une chapeloune proche. L'église détient également une copie réalisée par LAYRAUD, grand prix de Rome, de "la mise au tombeau du Christ" de CARAVAGE.
Un prieuré, fondé par les Bénédictins de
Sauxillanges au XIème siècle, a existé
jusqu'à la Révolution.
TARDIEU
indique que le seigneur de Singles, Guyot de DOHET ou DOUHET fut fait prisonnier
à la bataille de Poitiers en 1356 et
emmené avec le roi Jean en Angleterre. En 1682, Louis XIV autorisa
par lettres-patentes l'exploitation des mines de plomb
argentifère et autres qui se trouvaient dans la paroisse de
Singles (notamment à Joursac). Quant à la houille, elle
était
extraite à faible rendement à La Guinguette, Mouilloux et
Plagne, localités situées sur le bassin houiller allant
de Decize (Nièvre) à Decazeville (Aveyron) en passant par
Saint-Eloy-les-Mines, Puy-Saint-Gulmier et Champagnac. Serre
était l'ancien fief de la famille Murat de Rochemaure du XVIème au XVIIIème siècle puis de Joseph ROUSSILLON,
chanoine de la cathédrale de Clermont. À noter
l'existence d'une mystérieuse pierre sculptée du
XIème siècle dans le bourg ainsi que de la roche Mandrin
qui aurait été le repaire de ce célèbre
contrebandier au XVIIIème siècle.
* * *
En 1939, Singles est un bourg de 250 habitants perché à 725 mètres d'altitude
sur un plateau cerné par la Burande au sud, la Mortagne et le Chavanon au
nord ainsi que la Dordogne à l'ouest. Environ 350 autres habitants sont
disséminés dans les 24 hameaux dispersés sur une
commune de 2 043 hectares.
Les
principales ressources des habitants étaient l'agriculture, la sylviculture ainsi que
l'exploitation des
mines de charbon de La Guinguette (jusqu'en 1951). Le curé de Singles de 1946 à 1949, le père GRANGE, définissait les habitants comme étant "robustes,
laborieux, économes, charitables, très hospitaliers car
ils connaissent la souffrance, honnêtes, d'un caractère
ferme et calme, pieux, patriotes sans bravade, disciplinés et
courageux, prudents voire rusés mais toujours discrets".
Suite
à l’occupation de la zone libre par les troupes allemandes
le 11 novembre 1942 puis à la création du Service du
Travail Obligatoire le 16 février 1943, la Résistance se
développe en Auvergne, région dont on dénombre 800
maquisards à l’automne 1943 ; le canton de Tauves fait
ainsi partie de la future zone F.F.I. n°3 dont le chef civil est un
docteur de Bourg-Lastic, Willy MABRUT, membre des Mouvements Unis de la
Résistance (M.U.R.) de la région 6 (Auvergne) dont le
Puy-de-Dôme est alors dirigé par le futur « Colonel
GASPARD » : Emile COULAUDON.
Jusqu’à
présent, l’attitude des maires et des gendarmes du canton
à l’égard des Résistants apparaît
comme bienveillante mais la vie de la commune de Singles et de son
maire Léger FOURIS va prendre une tournure tragique le mercredi
13 octobre 1943 avec la venue de la police allemande (S.D. ) de Vichy
dans la région de Messeix et de Singles suite à une
dénonciation. Octobre
1943 est un mois où les opérations de répression
menée par les polices françaises et allemandes
s’intensifient en Auvergne. Le chef du KdS de Vichy, le
hauptsturmführer S.S. Hugo GEISSLER se forge une sinistre
réputation avec les exactions commises par les Sonderkommando du
S.D. de Clermont-Ferrand et de Vichy . Le 1er octobre, 32 militaires de l’Etat-major de la 13ème
région à Clermont-Ferrand sont raflés par les
membres de ces unités ; Le commandant de la compagnie de
gendarmerie du Puy-de-Dôme, le chef d’escadron Antoine
FONTFREDE, est arrêté avec les principaux chefs
régionaux de l’Organisation de Résistance de
l’Armée. Le 10, André AALBERG alias «
Jean-Louis », chef du réseau Mithridate pour la zone sud,
est grièvement blessé lors de son arrestation à
Clermont-Ferrand. Le réseau est démantelé au cours
des semaines suivantes. Sont arrêtés le 22 à
Rochefort-Montagne l’agent « retourné »
Georges MATHIEU et le 26 le responsable des M.U.R. pour la ville de
Clermont-Ferrand Nestor PERRET. Ce nouveau fait d’arme
entraîne une réaction de vengeance de la part de la
Résistance avec une recrudescence des coups de main, des
attentats et des exécutions de collaborateurs.
* * *
Fin
septembre 1943, le groupe « Pierre », un maquis dissident
de l’Armée Secrète de Haute-Corrèze, quitte
Touves (19) afin de rejoindre les maquis d’Auvergne. Il
s’installe successivement dans une fermette de Gioux, puis une
ferme de Paillonnet et enfin dans une maison isolée de Perret.
Ce groupe se compose d’une quarantaine de maquisards
vêtus de blousons et de canadiennes provenant des chantiers de
jeunesse. Par ailleurs, leur chef a déjà des
contacts avec des habitants et deux gendarmes de la brigade de Tauves.
Léger FOURIS met cependant en garde « Pierre »
à l’égard du président communal de la
Légion Française des Combattants qui ne jouit pas
d’une bonne réputation dans la région… Au
cours de leur séjour à Singles, les maquisards organisent
un défilé dans le bourg et déposent devant le
monument aux Morts une gerbe de fleurs portant une pancarte sur
laquelle est inscrit l’hommage « L’armée de la
Libération à nos camarades de 1914-1918. Le maquis
corrézien » sous les applaudissements des badauds. Cet
événement est d’ailleurs l’occasion de
réunir la municipalité et la population autour d’un
vin d’honneur. Les maquisards rendent service à cette
dernière en aidant par roulement au ramassage des pommes de
terre ; en contrepartie, Léger FOURIS leur livre quelques litres
de vin.
Mais
la présence d’un tel groupe ne peut longtemps rester
discrète… d’autant que des cadres et de jeunes
déserteurs alsaciens affectés au groupement 22 des
Chantiers de jeunesse de Messeix sont également
suspectés d’entretenir des contacts avec les maquis.
Depuis septembre 1943, les locaux, effectifs et matériels des
Chantiers sont sévèrement contrôlés par les
autorités d’occupation. Avec l’accroissement du
nombre de réfractaires au S.T.O., les magasins des groupements
sont fréquemment attaqués afin que les maquisards
puissent revêtir des uniformes, en l’espèce la tenue
de travail vert forestier. Cette situation renforce ainsi la
méfiance des allemands à l’égard de cette
organisation et entraîne de fréquentes confusions entre
maquisards et jeunes des Chantiers. Le groupement de Messeix sera le
premier Chantier visé par une rafle allemande d’envergure.
Dans
l’après-midi du 12 octobre, un « mouchard
» de la Luftwaffe d’Aulnat survole en rase-mottes les
villages de La Guinguette et de Perret. Inquiétés par ce
vol, les maquisards reçoivent le même jour confirmation de
la mise en œuvre d’une importante opération à
leur encontre. En
effet, deux jeunes hommes venus de Vichy en train et conduisant des
vélos sont arrêtés près du campement. Ils
reconnaissent rapidement être venus afin de repérer les
lieux en échange de leur liberté par la milice.
L’alerte est donnée et le groupe « Pierre »
quitte les lieux au cours de la nuit en direction de Larodde.
* * *
Malgré
l’approximation des heures données par les témoins,
le déroulement des faits suivants nous est connu grâce
à l’ouvrage des abbés THIEL et GRANGE, «
Singles et les paroisses avoisinantes », et aux archives
des deux enquêtes judiciaires ouvertes après la
Libération concernant l’arrestation de Léger FOURIS
: Le
13 octobre 1943, vers 4 heures, deux colonnes composées de
motos, de camions et de véhicules légers blindés
allemands se dirigent vers Messeix et Singles par les routes nationales
89 (Bourg-Lastic) et 122 (Tauves). Des
éléments de la première colonne inspectent
l’école de Messeix où enseigne alors au cours
complémentaire Alfred PABIOT puis prennent possession des
baraquements du groupement 22. Les autres éléments
établissent à partir de 5 heures des barrages au sud de
Messeix et contrôlent les identités des habitants,
notamment des ouvriers en route pour les mines. Averti
par Charles FEDERSPIEL, André FRANC court cacher chez
Charles DALAN à Messeix des tracts provenant d’un
parachutage allié. Les
deux résistants, maquisard de la trentaine de VEDRINE dit
« Itou », décident de quitter Messeix mais ils
rencontrent en cours de route des soldats allemands. Faisant mine de
ramasser des pommes de terre, ils sont interrogés puis conduits
par camion jusqu’à deux autres prisonniers : Joseph
MECMAYER et Pierre BOUTIN. Arrêtés sans motif connu, les
quatre hommes sont gardés alignés au garde-à-vous
jusqu’à 11 heures puis conduits à la prison
militaire du 92ème régiment d’infanterie de Clermont-Ferrand après un détour à celle de Riom. À
Savennes, les soldats allemands achètent quelques objets dans le
débit de tabac de Mme GIRAUD-BERTRAND. Après leur
départ, celle-ci constate le pillage de sa boutique par la
troupe de passage. Concernant
le groupement 22, les jeunes installés dans les baraquements
isolés de la gare de Savennes sont prévenus par un appel
téléphonique d’un assistant du groupe 2 de Savennes
vers 4 ou 5 heures du passage des soldats allemands sur le plateau de
cette localité. Cependant, ces derniers ont connaissance de cet
appel et de la fuite de nombreux jeunes vers les gorges de la Dordogne.
Les groupes implantés entre Savennes et Singles ayant
reçu l’ordre de se cacher dans ce secteur, les troupes
allemandes se dirigent vers eux et font feu à la vue de leur
tenue vert forestier, blessant grièvement deux ou trois jeunes
dont Camille GERRIET et Roger TULLARS du groupe 5 ; les soldats
interdisant de leur porter secours, ils ne seront transportés et
soignés à la polyclinique de Clermont-Ferrand
qu’après le départ des allemands de la
région à 16 heures. 180 cadres et jeunes des groupes 5, 6
(La Randonnière à Savennes), 7 (Pradelles à
Savennes) et 9 (La Biscomtée à Messeix) sont
arrêtés. Des officiers poursuivent par ailleurs leurs
recherches en voiture jusqu’en Corrèze au lieu-dit des
Sauvettes sur la commune de Saint-Etienne-aux-Clos. Les
prisonniers seront internés dans des conditions très
dures à la caserne d’Assas de Clermont-Ferrand puis
contraints à des travaux de terrassement au camp
d’aviation d’Aulnat. Ils seront détachés le
20 novembre 1943 par chemin de fer au groupement bleu du camp de
Virevialle commandé par le chef DESVERNOIS grâce à
l’intervention personnelle du commissaire général
des Chantiers de jeunesse, le général Paul DE LA PORTE DU
THEIL. Le 21 novembre, 55 jeunes du contingent de mars 1943 et 10
inaptes seront renvoyés à Messeix pour être
libérés au terme de leur stage légal de 8 mois.
Les autres resteront affectés à la manufacture
d’armes de Tulle au titre du service de la production
industrielle jusqu’en juin 1944 ; la plupart d’entre eux
seront otages de la 2ème S.S. Panzerdivision «
Das Reich » et 17 seront requis pour participer à
l’inhumation des 99 pendus du 9 juin 1944. Enfin, certains
profiteront d’une permission pour quitter la région. Quant
à la deuxième colonne, celle-ci vient de Tauves par la
route départementale 29 et se déplace en direction de
Singles. À
6 heures, une quarantaine de soldats allemands encerclent les villages
de Péressanges et de Perret tandis qu’un groupe se dirige
directement vers la ferme occupée jusqu’à
présent par le groupe « Pierre ». Trouvant les lieux
abandonnés, les soldats auraient alors tiré des coups de
feu en l’air afin d’effrayer les habitants. Les portes sont
défoncées à coups de crosse et de brodequin avant
que la population de Perret ne soit rassemblée dans le
pré de Jean-Baptiste RAUCHE. Tandis que les habitants attendent
pendant plusieurs heures en ce lieu, les soldats, dont le chef semble
parler couramment français, perquisitionnent les maisons en
vidant les tiroirs et en jetant les objets au sol. Certains habitants
se voient suspectés d’appartenir à la
Résistance en raison de la couleur verte de leurs
vêtements ou de la détention de mèches
d’explosif provenant des mines de charbon. Diverses armes de
chasse sont découvertes et saisies dans des granges par les
allemands. Perret
est également le théâtre de
l’exécution d’un habitant au cours de
l’opération ; Michel GUILLAUME et sa famille demeurant
à l’écart du hameau, deux soldats se rendent en
courant vers leur ferme et entrent dans la pièce commune.
Là, ils déplient un plan de la région et demandent
au chef de famille où se trouve le refuge des maquis.
Répondant que les hommes du maquis ont quitté le pays
depuis déjà quelques jours, Michel GUILLAUME ajoute
ignorer complètement leur refuge actuel. Les soldats lui
demandent alors si tel lieu est bien une maison. Malgré un
« oui » incertain de M. GUILLAUME, les soldats quittent les
lieux et se dirigent vers une dépendance située à
dix mètres de la ferme et occupée par Ernest GUILLAUME.
Là, ils forcent une serrure et cassent plusieurs vitres et
tuiles à coups de mitraillette. Affolés par le
crépitement de la rafale, la famille GUILLAUME tente de sortir
de sa ferme mais est refoulée par plusieurs soldats. Lorsque la
fusillade cesse, Michel et son fils Ernest GUILLAUME sont réunis
et conduits hors du domaine mais, craignant d’être
fusillé, ce dernier saisit et jette le fusil d’un soldat
avant de prendre la fuite à travers champ. Il est abattu de deux
balles dans la nuque et l’abdomen à 300 mètres de
la ferme de ses parents. Au
même instant, Jean DUBOIS rejoint les habitants puis, de
peur également d’être fusillé, cherche
à s’enfuir, les mains en l’air, à travers
champs. Suite aux sommations, une sentinelle tire plusieurs rafales de
mitraillette dont une balle traverse le cou de M. DUBOIS de part en
part. Il sera conduit vers 10 heures 30 par Jean BRUGIERE à
Tauves où il pourra être soigné par le docteur
Jules GODONNECHE. Vers
7 heures, Michel GUILLAUME rejoint les autres habitants de Perret
tandis que son épouse Anne et sa fille sont interrogées
par les soldats qui leur demandent si elles ont caché «
des hommes au pantalon vert ». Les 29 habitants de Perret,
adultes ou enfants, sont également questionnés sur la
présence des maquisards dans la région. Les enfants de la
famille AUBERT sont d’ailleurs alignés contre un mur et
menacés lors de leur interrogatoire par un soldat armé
d’un fusil. Un habitant de Perret, M. RAUCHE, est retenu pendant
plusieurs heures avant d’être relâché. Au
terme des perquisitions vers midi, trois agents en civil du S.D.,
encadrés par deux soldats allemands, surgissent dans le village.
Sont alors réquisitionnés par un soldat Eugène
VERGNOL et la famille d’Ernest GUILLAUME afin d’enterrer
sommairement celui-ci sur les lieux de son meurtre. Indigné par
cet ordre, l’un des hommes chuchote en patois « Laissons le
dire et attendons qu’il soit parti » ; le corps est
finalement transporté jusqu’à la ferme familiale. En
début d’après-midi, le détachement,
parfaitement renseigné, descend à La Guinguette où
il découvre et saccage la gerbe déposée par
« Pierre » devant le monument aux Morts. Les habitants sont
questionnés par les soldats et les hommes en civil. Au
prétexte de rechercher le maire, ceux-ci fouillent les maisons.
Huit allemands, dont deux en civil, se rendent également
chez Léger FOURIS dont la maison se situe sur la route
d’Arpiat ; là, ils y trouvent son épouse et ses
deux filles. Quelques heures auparavant, Léger FOURIS avait pu
être prévenu de la présence des allemands sur la
commune par le directeur des mines de Singles VERGNOL ; ce dernier lui
proposera de se cacher dans l’un de ses puits mais Léger
FOURIS refusera par crainte des représailles envers sa famille
et la population. Antonine
FOURIS déclare alors aux allemands que son époux est
parti à la mairie pour une réquisition. Après
avoir exigé que le maire se présente à eux, ils
partent en voiture en direction de la gare d’Arpiat avant de
revenir au domicile de Léger FOURIS à La Guinguette. Des
soldats descendent alors du véhicule et menacent son
épouse d’être fusillée avec ses filles et
d’incendier sa maison si elle ne retrouve pas
immédiatement le maire ou s’il ne se constitue pas
prisonnier. La perquisition de la maison conduit à la
découverte de munitions de guerre de type Lebel
conservées ici depuis plus de quinze ans, reliquat de
l’époque où Léger FOURIS était
président d’une société de tir. Entre
temps, les deux civils du S.D. et un soldat poursuivent leur route vers
la mairie où ils se présentent vers 15 heures. Le soldat,
armé d’une mitraillette, et les deux policiers allemands
sont reçus par l’institutrice, Mme LELEU ; l’un
d’eux menace alors de mettre le feu à l’école
en remarquant l’absence du portrait du maréchal PETAIN. En
revanche se trouve encore en bonne place la Marianne
républicaine.
C’est
à ce moment que Léger FOURIS arrive chez lui par un
sentier. Il est aussitôt contrôlé, conduit dans sa
chambre au 1er étage, interrogé et
brutalisé. Accusé d’avoir aidé des «
terroristes » en leur procurant du vin, il est notamment
frappé à coups de crosse de fusil dans la nuque en
montant l’escalier. Au terme d’un interrogatoire sommaire
mais musclé, ses bourreaux demandent à son épouse
de lui remettre une veste avant son départ. Au
cours de l’après-midi, à Serre, des soldats
allemands arrêtent et brutalisent également
l’exploitant forestier et ancien combattant Jean RANVIER,
accusé également d’avoir aidé des
terroristes. Léger FOURIS est amené dans la soirée au 10 rue Pélissier, la prison militaire du 92ème régiment d’infanterie à Clermont-Ferrand. Les troupes allemandes quittent la région le lendemain. Au
cours de leur séjour à la prison militaire, Charles
DALAN, Léger FOURIS, André FRANC et Jean RANVIER sont
questionnés sur l’organisation de la Résistance
locale. Brutalisés, ils gardent pourtant le silence.
Léger FOURIS partage sa cellule avec Gaston VALDENER , coiffeur
à Yssingeaux. Au
bout de 45 jours d’emprisonnement et avec la complicité du
chef de groupe Gilbert MOCHON, cadre du groupement 22, Léger
FOURIS, Charles DALAN, André FRANC et Jean RANVIER tentent de
s’évader de la caserne d’Assas par un soupirail.
Seul le dernier parvient à ses fins avant que les sentinelles ne
remarquent son évasion ; il est cependant atteint de quatre
balles au cours de sa fuite.
Le
15 décembre 1943, Léger FOURIS est
transféré au camp de Royallieu-Compiègne. Il y
retrouve ses compagnons de détention avant d’être
déporté au camp de concentration de Buchenwald dans le
convoi du 19 janvier 1944.
Il y
reçoit le matricule 40 470 et est affecté au petit camp
(block 52). Souffrant de phlegmon à une jambe, il est
envoyé en mars 1944 au block 61 qui fait office
d’infirmerie annexe. Il y décède le 16 juin 1944
à 18 heures 30 d’une insuffisance cardiaque avec
pleurésie purulente. Anna
Antoinette FOURIS recevra quelques mois plus tard une carte
écrite en allemand indiquant que son époux aurait
favorisé des terroristes en leur vendant du vin et en leur
« ayant permis de faire la bombe ». Il sera
également reproché à Léger FOURIS
d’avoir laissé la gerbe de fleurs des maquisards devant le
monument aux Morts.
* * *
L’après-midi
du 14 octobre 1943, Ernest GUILLAUME est inhumé en
présence d’une assistance fort nombreuse et
indignée par la conduite de l’occupant à Singles.
« Pierre » et six de ses hommes présentent les armes
au passage du cercueil à l’entrée de
l’église. L’un d’entre eux dépose sur
sa tombe une croix de Lorraine en bois . En
l’absence du maire, Marcel VERGNOL est nommé
président de la délégation spéciale.
Représentant de la Résistance dans la commune, il est
désigné président du Comité Local de
Libération de Singles par le Comité Départemental
de Libération en septembre 1944 avant d’être
élu maire le 13 mai 1945 et ce, jusqu’en 1949. Dans
une lettre en date du 27 décembre 1944, Marcel VERGNOL informe
le Comité Départemental de Libération du
Puy-de-Dôme de l’existence de bandes de voleurs
masqués sur l’étendue du canton de Tauves. Suite au
cambriolage de la maison de la mère de Léger FOURIS ainsi
que de M. et Mme DUBOIS à Perret dans la nuit du 18 au 19
novembre 1944, le président du C.L.L. de Singles réclame
l’attribution d’une motocyclette aux gendarmes de la
brigade de Tauves. Cette brigade, composée alors de cinq
gendarmes, est commandée par le chef PERRON. En
mai 1945, une messe est célébrée à la
mémoire de Léger FOURIS en présence de nombreuses
délégations des communes environnantes. Un cortège
se rend ensuite au monument aux Morts où suite à un
émouvant discours est déposée une plaque
commémorative en marbre blanc rappelant le sacrifice d’un
maire pour ses administrés.
Le
14 octobre 1945, un hommage est à nouveau rendu à Ernest
GUILLAUME au cours duquel un monument érigé à sa
mémoire par souscription est inauguré à Perret.
Marcel VERGNOL, le conseiller général Claude BERNARD et
le maire de Tauves Paul BOYER soulignent dans leurs discours
l’innocence de la victime et la barbarie de ses bourreaux.
Le
14 septembre 1946, la dénonciation des convictions politiques du
maire de Singles par la Légion Française des Combattants
en 1943 est révélée au grand jour dans un article
du journal de la Résistance « Le M.U.R. d’Auvergne
» sous la rubrique « Rumeurs des villes et des campagnes
». Avec
le texte ci-dessous sont publiées trois lettres adressées
par le comité local de la Légion au responsable
départemental Gilbert SARDIER en décembre 1942 et courant
1943 (Cf. infra) :
« Pourquoi conserve-t-on autant de vers dans le fruit de France ? … … disait, parlant de M. FOURIS, maire de Singles dans son rapport à M. Gilbert SARDIER, le délégué à la propagande de la légion de cette commune … et M. FOURIS, arrêté et déporté, est mort à Buchenwald le 18 juin 1944 !
Les jours passent, l’oubli vient… Et pourtant, des Français sont morts là-bas en déportation, par la trahison d’autres Français. Les
documents que nous publions et dont nous avons eu communication,
dépeignent assez bien jusqu’où pouvait aller
l’aveuglement partisan chez les dirigeants de cette légion
de Pétain dans laquelle s’étaient laissé
entraîner, au début, tant de braves gens naïfs ou
sincères qui avaient pu croire au double jeu du maréchal
félon et qui pensaient vraiment que celui-ci voulait seulement
le rassemblement des anciens combattants des deux guerres. Ces documents se passent de commentaires, n’est-il pas vrai ? Lorsqu’on
lit « pourquoi conserve-t-on autant de vers dans le fruit de
France ? » sous prétexte que la personne citée
« admire les Blum, Briand, Staline », on peut penser que le
signataire de la lettre admirait, lui, les Hitler, Mussolini et leurs
agents en France ? Lorsque
pour accabler un homme, on l’accuse de montrer que
l’œuvre entreprise par le «
vénéré chef » ne peut vivre, il semble que
le dénonciateur soit pour sa part un fanatique du régime
de trahison et de collaboration avec l’ennemi
héréditaire qui deux fois en vingt ans, mit la France
à feu et à sang. Ils
ont obtenu le résultat escompté, ces messieurs bien
pensants : « le ver a été extirpé du fruit
de France ; M. FOURIS est allé expier ses forfaits dans les
bagnes nazis. Il est mort ! ». Soyez fiers de votre œuvre,
courageux délateurs, professeurs de vertu, modèles de
patriotisme. Et ne soyons pas trop surpris que les chefs de cette belle organisation de mouchardage soient aujourd’hui libres. La
justice a été rendue… M. Gilbert SARDIER est
libéré après accomplissement de sa peine…
M. LACHAL serait lui aussi libéré et ferait le
courtier en liqueurs pour le compte d’un collaborateur dont nous
aurons à parler prochainement. … Mais les nôtres sont morts, bien morts ! ».
En
application de l’article 3 de l’ordonnance N° 452 561
du 30 octobre 1945 , l’acte de décès de
Léger FOURIS est dressé le 23 septembre 1947 par
l’officier d’état civil au Ministère des
Anciens Combattants et Victimes de Guerre. En
1948, la population de Singles rend un hommage solennel à son
ancien maire par une souscription permettant l’édification
d’un monument se dressant encore aujourd’hui à
proximité du carrefour de La Guinguette. Cette même
année est érigée une croix en bois en bordure du
pré où a été abattu Ernest GUILLAUME.
Léger
FOURIS était titulaire de la carte de
déporté-résistant par décision
ministérielle du 3 février 1953 ; Gabriel
MONTPIED attestait à son sujet le 19 avril 1952
qu’il était chef de liaison du docteur MABRUT. Une
pièce de son dossier individuel conservé au Service
Historique de la Défense à Vincennes mentionne par
ailleurs qu’il « a hébergé les maquisards de
passage ; a fourni en qualité de maire toutes attestations et
pièces d’état-civil aux réfractaires au STO
(fausses pièces). A accompli en tant qu’agent de liaison
des missions dangereuses entre les formations régionales de
résistants de juin 1940 au 13 octobre 1943 ». La
médaille de la Résistance lui a été
attribuée à titre posthume en 1958 . Il a
récemment été déclaré « Mort
pour la France » et « Mort en Déportation
» .
* * *
Plusieurs
hypothèses quant à l’auteur de la
dénonciation du groupe « Pierre » ont
été avancées à l’époque des
faits. Il
apparaît cependant avec certitude que l’opération a
été décidée par le KdS de Vichy avec
la participation du kommando spécial du S.D. vichyssois
dirigé par Jany BATISSIER . Bien
que l’effectif du groupe « Pierre » ai pu être
majoré par le dénonciateur, les témoignages de
l’époque font également état de la
présence de 2 000 soldats sur un secteur de 20 km2. L’ordre d’informer délivré par le général commandant la 8ème
région militaire le 16 octobre 1946 du chef de meurtres non
justifiés par les lois et les usages de la guerre vise ainsi les
militaires allemands du S.D. de Clermont-Ferrand (dirigé par
TOROCK) et de Vichy, d’un bataillon d’instruction de la 189ème
division d’infanterie stationné à Riom et de
plusieurs éléments de la Luftwaffe d’Aulnat (sous
les ordres du colonel ETZAR et du major BAMBACH). Par
ailleurs, les rares archives conservées dans les
dépôts publics établissent que Léger FOURIS
et son conseil municipal faisaient l’objet d’une
surveillance attentive de la part de la Légion Française
des Combattants . En effet, à partir de décembre 1942, le
délégué communal à la propagande de la
Légion puis le président local de cette organisation
dénoncent dans plusieurs lettres le maire et son conseil
municipal au président départemental Gilbert
SARDIER :
« Légion Française des Combattants Section de Singles
Singles, le 8 décembre 1942,
Monsieur Gilbert SARDIER Président départemental de la Légion des Combattants Clermont-Ferrand Monsieur le président, En
ma qualité de légionnaire, ancien combattant,
délégué communal à la propagande, je vous
adresse inclus copie d’une correspondance échangée
avec M. le maire de Singles ainsi que copie d’une lettre que
j’adresse ce jour à M. le préfet du
Puy-de-Dôme . Pour
compléter votre opinion, j’affirme sous la foi du serment
que M. le maire de Singles, S.F.I.O., est un admirateur
passionné des Blum, Briand, Staline et consorts, absolument
opposé à l’œuvre de rénovation
entreprise par notre vénéré chef, le
maréchal PETAIN. Pourquoi
conserve-t-on autant de vers dans le « fruit de France ? »
Il me semble qu’une enquête rapidement et
discrètement menée auprès des
éléments légionnaires sains, dans la commune et
particulièrement auprès du président communal M.
X., devrait être concluante sur la moralité de cet
individu. Il y a à Singles des éléments sains qui pourraient accepter la délégation. Je
fais appel à vos sentiments de justice et
d’équité que je sais grands pour donner à
cette lamentable situation la suite qu’elle comporte et je vous
adresse Monsieur le président mon salut fraternel et
légionnaire. Le délégué communal à la Légion de Singles » « Légion Française des Combattants Section de Singles
Singles, le 19 décembre 1942,
Monsieur Gilbert SARDIER Président départemental de la Légion des Combattants Clermont-Ferrand Mon cher président, Je réponds à votre lettre du 12 courant me demandant quelques renseignements sur le maire de Singles. Certes c’est un bien drôle de légionnaire. J’en avais déjà parlé au docteur GRASSET au début de la formation de la Légion. Remplissant
les fonctions de légionnaire combattant, il cache sous cette
étiquette sa vraie figure S.F.I.O. où sous l’ancien
régime, il avait prit en main les jeunes, faciles à
convaincre, ceux qui aujourd’hui ne viennent pas à nous.
Il est là, leur montrant que l’œuvre entreprise par
notre vénéré chef ne peut vivre (certes cela se
passe dans le huis clos). Il
reste bien entendu un admirateur des dirigeants du régime
défunt, « un esprit malin ». Voici tout ce que je
peux vous informer avec impartialité. Croyez, mon cher président, à nos sentiments très légionnaires. Le président communal de la Légion de Singles »
Ces
deux courriers restant sans effet majeur, une nouvelle lettre est
adressée par le comité local au président SARDIER
en 1943 :
«
Nous rencontrons de très grandes difficultés dans la
commune de Singles au sujet du redressement que nous désirons
obtenir. Jusqu’à ce jour, nous avons l’impression
que l’œuvre de redressement nécessaire et fort
désirée par le chef de l’Etat est
contrecarrée par FOURIS, maire de Singles. Nous
lui reprochons de garder ses idées communistes et de
manœuvrer les jeunes contre les idées saines. Plusieurs
hommes sensés et loyaux sont de cet avis. D’autre
part, il y a eu chez M. le maire qui tient un restaurant un bal qui a
pris fin au petit jour et cela deux dimanches consécutifs . Si
nous n’obtenons aucun résultat dans nos
récriminations, nous désespérerons de faire
quelque chose et nous serons persuadés que le Gouvernement est
incapable ou bien ne veut pas agir. Donc, dans ce cas, il perd notre confiance, la confiance des hommes de bonne volonté, des élites. »
Au
sujet de la Légion Française des Combattants, les
archives départementales conservent pour chaque commune les
listes des « légionnaires » et des «
volontaires de la Révolution nationale ». Ainsi, on
dénombre pour la commune de Singles 41 adhérents en 1942
dont le maire Léger FOURIS.
Selon
le maire Marcel VERGNOL, dans une lettre du 10 février 1946, le
délégué communal à la propagande de la
Légion aurait déjà dénoncé la
municipalité à Vichy au printemps 1943 comme
s’agissant d’un conseil « communiste, briandiste,
blumiste… ». Dans une autre lettre du 25 mars 1946, le
maire rapporte également l’existence d’une missive
de cet individu aux termes ambigus en date du 30 janvier 1944 et
adressée à la fille aînée de Léger
FOURIS :
« 30 janvier 1944
Ma chère Raymonde, Il
me serait pénible que tu puisses supposer une seconde que je
n’ai pas tenu la promesse que je t’avais faite. Quels que
soient les dissentiments que j’ai pu avoir avec ton pauvre papa,
je tiens encore à te redire que je le considère quand
même comme un homme injustement puni par un concours malheureux
de circonstances, qui ne mérite pas le sort qui lui est fait.
Voici trois visites que je fais à son sujet, sans
résultat immédiat, tout au plus m’a-t-on promis de
revoir et reconsidérer son dossier. Je
conserve quand même l’espoir de le tirer de là et ai
même promis une caution si satisfaction m’était
donnée. Je te tiendrai au courant du suivi. Pour éviter
toute interprétation à mes lignes, dans un pays où
la langue des gens est la plus dangereuse des choses, je te demande de
ne communiquer ma lettre qu’à ta maman et à tes
frères et sœurs. Je
pense que vous avez des nouvelles régulières de papa et
qu’il peut arriver à améliorer sa situation
grâce à vos colis. Dis,
je te prie, mes hommages à ta mère et crois, ma
chère Raymonde, à mes sentiments affectueux et
dévoués. »
Cette
suspicion ne pourra jamais faire l’objet d’une
enquête complémentaire, le service de recherche des crimes
de guerre ennemis n’ayant pas compétence sur les
agissements des nationaux sous l’Occupation. Cependant, un fait
connexe impliquant le groupe « Pierre » semble
étayer cette version (Cf. infra) * * * Concernant
le groupe de maquisards « Pierre », celui-ci continuera
d’être traqué après son étape tragique
à Singles. Un rapport de la brigade de gendarmerie de Tauves
indique ainsi que les militaires de cette unité sont
préoccupés par l’activité des
réfractaires dans les bois de Puy-Derrière à
l’est de Larodde. Par ailleurs, ils indiquent que les
opérations menées à Singles le 13 octobre 1943
n’ont donné aucun résultat car les gens parlent
avec réticence et disent ignorer le refuge des maquisards . Le
23 octobre, un maquisard du groupe de nationalité polonaise,
Téofil STACHERSKI, meurt d’une péritonite à
Puy-Derrière à l’âge de 23 ans. Par la suite,
le groupe se scinde en plusieurs bandes dont l’une d’entre
elles retournera en Corrèze. Certains éléments du
groupe resté fidèle à « Pierre »
réalisent plusieurs opérations dans la région
telles qu’un vol de carburant au garage Giraud à
Saint-Sauves d’Auvergne et le cambriolage des mairies de
Saint-Sauves et de Labessette le 27 octobre, le vol d’une
ambulance à La Tour d’Auvergne le 11 novembre et le
cambriolage d’un bureau de tabac de Bagnols le 26 novembre. Également,
dans la nuit du 5 au 6 novembre, le groupe « Pierre »
revient à Singles pour une expédition punitive selon
André KLEIN. En pleine nuit, l’un des maquisards se
présente comme agent de la police judiciaire au domicile de
l'épouse du délégué communal à la
propagande de la LFC ; celui-ci étant accompagné
d’une douzaine d’individus armés de mitraillettes,
de revolvers et de grenades, Mme X. refuse de les laisser entrer dans
sa boutique. Ceux-ci fracturent alors la porte, la menacent avec leurs
armes et la frappent au visage à coups de crosse de revolver.
Sont également présents ses deux enfants ainsi que sa
servante. Une partie du groupe profite de la confusion pour charger de
victuailles une camionnette Citroën bâchée. Des
bijoux sont également dérobés et le
préjudice total sera estimé à 596 200 francs de
l’époque. Une plainte déposée
auprès du Procureur de la République d’Issoire en
février 1944 et une requête déposée
auprès du maire de Singles par courrier du 12 décembre
1944 resteront sans suite. Le
groupe « Pierre » disparaîtra finalement lors de
l’opération menée par la police française et
l’intendant MAYADE au Moulin du lac (Larodde) le 1er
décembre 1943. Ce jour-là, les Gardes Mobiles de
Réserve arrêteront cinq hommes qui seront
déportés à Dachau ; cinq autres maquisards
parviendront à fuir et à rejoindre les rangs du
maquis de « Tonton » à Larfeuille. Quant à
« Pierre », il disparaîtra dans des circonstances
restées encore mystérieuses à ce jour. Les
habitants de la région de Singles auront ainsi vécu des
jours particulièrement tragiques et payé un lourd tribut
face à la barbarie nazie . Malgré leur patriotisme et
leur attachement à la liberté et à la
démocratie, des hommes et des femmes auront été
traqués et opprimés par des voisins sans scrupule complus
dans l’intolérance et l’aveuglement diffusés
par le gouvernement dit « de Vichy » et l’occupant. Ironie
de l’Histoire, c’est le 13 octobre 1943 que la
Légion Française des Combattants, incarnation même
du maréchalisme, rompra irrémédiablement les ponts
avec Pierre LAVAL avec la proclamation d’un manifeste dans lequel
elle ne reconnaîtra plus que l’autorité exclusive du
maréchal PETAIN. La réaction de LAVAL sera
immédiate ; n’obtenant pas la dissolution de la L.F.C., il
supprimera son budget pour l’année 1944. Cet
épisode ne sera qu’un prélude à la crise qui
éclatera au sommet de l’Etat français avec
l’écart croissant entre l’image que renvoient les
préfets de la popularité de LAVAL et la
dégradation de la confiance que lui manifestent les entourages
pétainistes. Afin
que soit sauvegardé le souvenir des actions et du sacrifice des
combattants pour la libération de la France, l’ensemble de
la société, en particulier les jeunes
générations, doit plus que jamais participer à la
défense et à la transmission des valeurs
démocratiques ayant motivé l’engagement de ces
hommes et femmes ; cette participation doit se traduire par une prise
de conscience collective de ses devoirs de citoyen, une vigilance de
tous les instants contre l’intolérance et une recherche
constante de la vérité historique. À
sa modeste façon, cette biographie de Léger FOURIS est
une contribution à l’égard de la
citoyenneté, une qualité défendue avec tant
d’abnégation par ce valeureux maire.